Judith Perrignon

  • Detroit : le vacarme des usines, le son Motown sur lequel on chaloupe, les choeurs d'une communauté que l'on sacrifie sur l'autel du capitalisme... C'est aux bruits de cette ville que Judith Perrignon offre un écho dans ce roman choral fort et bouleversant.

  • « Le nom de Mohamed Ali semble désormais évoquer à lui seul le combat des hommes, l'insoumission. Comme si la vie était un ring. C'est pourquoi il fascine tant  jusqu'aux générations qui n'étaient pas nées,  et jusqu'au bout du monde.
    Il y a deux ans, France Culture me demandait de le raconter sous la forme d'une Grande Traversée, une série documentaire de dix heures. Je me suis mise en quête de témoins directs et nous sommes partis sur les routes américaines à la rencontre d'un journaliste sportif du New York Times en retraite,  d'un Imam d'Indianapolis, ancien de Nation Of Islam et grand ami d'Ali, du vieux Captain Sam qui l'entraîna tout jeune à la mosquée de Miami,  de la famille de son manager,  des copains d'enfance restés à Louisville...
    Leur voix sont puissantes, tout droit sorties d'une époque folle, dangereuse, clivée et rêveuse, elles jubilent de chacune de ses victoires comme si elle avait eu lieu hier,  elle souffrent encore de la mort de Malcolm X, reviennent au fondement de la foi musulmane chez une partie des Noirs Américains, se rappellent son déchirement au moment de la guerre du Vietnam, son lien au tiers-monde en plein réveil, puis comment l'amnésique Amérique se mit à l'aimer, malade et condamné au silence.
    J'ai aimé ces gens, me frotter à leur expérience, leur croyance.
    Il fallait faire un livre de cette série radio. Pour mieux revisiter ce voyage dans le temps et l'espace américain. Mieux lire ces voix. Et s'immiscer dans les oublis volontaires de nos mémoires. »

  • >« Il a l´air d´un roi, le fleuve. Il est là depuis toujours, rouge à force de creuser l´argile, rivière Rouge, c´est son nom. La nuit, il brille. Le jour, il est plat comme le verre et ne reflète que le ciel, les nuages et les arbres. Il semble ne pas nous voir. Nous sommes une quinzaine, nous venons ici presque chaque jour depuis deux semaines tant la chaleur semble vouloir nous punir, mais il passe, indifférent à nos enfants qui s´élancent, à leurs mères qui disent, Attention au courant, et aux vieilles, comme moi, qui se retranchent à l´ombre sur leurs sièges pliants. Rien ne trouble le fleuve. Il connaît son sort, il descend l´Amérique et s´en va se noyer dans le Mississippi puis dans la mer. Il est tout petit là-bas dans la mer, mais si grand devant nous. J´ai peur de lui. J´ai l´impression qu´il rit, qu´il rit du pont un peu plus loin qui rouille en ayant cru l´enjamber, qu´il rit de nous aussi, de nos mains et nos pieds incapables de nager, de nos sueurs froides quand passe la police, j´ai l´impression que nous sommes comme les feuilles mortes qui dans quelques mois se détacheront des arbres, poussières dans l´eau. »

  • Les chagrins

    Judith Perrignon

    Il n´y a plus trace de rien, là-bas. On a déversé des tonnes de sable, vissé des balançoires, planté des arbres et décrété l´insouciance. Mais la mémoire complote. Les chemins serpentent. Le terrain fait des vagues. Le toboggan est habillé d´une tour qui ne guette plus rien. Sous le sable de ce square parisien, il y a la poussière et les secrets d´une prison de femmes. La Petite Roquette, détruite en 1973. Tout le monde a préféré l´oublier. Sauf Angèle. Nul ne lui avait jamais dit qu´elle était née ici, quelque part sous les balançoires, le 16 novembre 1967, un quart d´heure avant l´extinction des feux. Mais sa mère vient de mourir. Helena Danec 1945-2007. Femme sèche et silencieuse. Elle laisse des lettres reçues en prison, un vieil article de presse racontant son procès, et le nom de l´homme qu´elle aimait.  Alors le passé ne demande qu´à surgir, qu´à faire entendre les vertiges de l´amour, la beauté d´une époque révoltée et la puissance de la musique. Il réclame des explications, il cherche et emprunte toutes les voix ; celle d´Angèle, celle de Mila sa grand-mère, celle d´un vieux journaliste qui en sait beaucoup plus long que ce qu´il avait écrit, et même celle de l´homme qui s´est enfui. Tous racontent l´histoire d´Helena. Son chagrin. Leurs chagrins.

  • « J´ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l´ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T´écrire m´a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m´enserre le coeur. Je voudrais fuir l´histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »M.L.-I.

    1 autre édition :

  • «  Le téléphone sonne. C'est Charlotte qui m'appelle d'Israël. Nous étions dans la même classe à Montélimar. Elle a été arrêtée après moi, mais je ne l'ai pas croisée à Birkenau.
     
    -  Qu'est-ce que tu fais en ce moment  ? demande-t-elle.
    -  Je travaille sur l'amour.
    Un silence alors, comme si le mot amour s'égarait, se cognait dans sa tête. Elle ne sait qu'en faire.
    -  L'amour au camp ou quoi  ?
    -  Après les camps.
    -  Ah, c'est mieux. L'amour au camp, j'en ai pas vu beaucoup.  »
     
    Comment aimer, s'abandonner, désirer, jouir, quand on a été déportée à quinze ans  ?
    Retrouvant à quatre-vingt-neuf ans sa «  valise d'amour  », trésor vivant des lettres échangées avec les hommes de sa vie, Marceline Loridan-Ivens se souvient...
    Un récit merveilleusement libre sur l'amour et la sensualité.
     

  • « Arnold Duplancher croise la vie de Marianne Denicourt en 1990. Il n´est alors qu´un aspirant du cinéma qui cherche des acteurs pour son premier film. Elle vient faire des essais devant sa caméra, installe son fils et ses petits soldats dans un coin, puis commence. Duplancher, qui a appris à se souvenir des lieux, des gens, de ce qui se dit, connaît son histoire. Il est en manque d´histoire. C´est un chasseur de fantômes. Elle ne le comprendra qu´après, bien après... » Mauvais génie est la réponse de Marianne Denicourt au prochain film de cet Arnold Duplancher, qui cache à peine la figure d´un réalisateur français en vogue. Il a fait des épisodes dramatiques de sa vie la trame grossière de son scénario. Elle y a retrouvé la mort à vingt ans du père de son enfant, l´agonie de son père, le visage de son fils. Alors elle lui répond, déshabille ce « prodige » du cinéma français de son verbe, de ses postures, de ses bons sentiments, et lui taille un costard.

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