Lionel Duroy

  • Je tourne la page, et ça y est, la chose est enfin dite : « Dans un entretien, observe Nathalie Léger, Marguerite Duras s'énerve un peu : " L'autoportrait, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Non, je ne comprends pas. Comment voulez-vous que je me décrive ? Qui êtes-vous, allez-y, répondez-moi, hein " » Qui je suis, moi ? C'est la question à laquelle je dois maintenant répondre.
    Lionel Duroy aura passé l'essentiel de son temps à écrire. À travers ses nombreux romans, il a tenté de démêler les fils d'une vie, éclairant au passage celles et ceux qui nous aident à grandir ou s'emploient à nous détruire, parfois sans le vouloir : nos parents, nos frères et soeurs ceux que nous aimons, puis désaimons. Aujourd'hui, avec L'homme qui tremble, il inverse les perspectives et, dans un autoportrait cruel et lumineux, s'interroge sur son propre rôle dans ce destin singulier.

  • Humanites

    Lionel Duroy

    L'isolement, qu'il provienne d'un choix délibéré ou pas, peut être propice à une introspection, à une vision du monde plus juste, de par la distance, la séparation. Dans ces moments de solitude, l'Essentiel reprend alors toute sa place, avec plus de force et de justesse.
    « Ce recueil est le fruit de mon vécu, parfois teinté d'imaginaire, comme un fruit qu'aura fait naître l'absence de l'Autre... », précise l'auteur.

  • Je n'écoute pas l'officier. Je me souviens du chien de Gospi´c, de notre peur, du hurlement de Vladimir. Le chien avait voulu nous mordre. Plus tard, la dame de l'ancien restaurant nous avait offert du riz. « Mangez, avait-elle dit, ça va être froid. » Nous ne mangions pas, nous la regardions pleurer. « Vous savez, avait-elle ajouté, il tombait des petits jouets comme ceux des arbres de Noël ! Des boules rouges, des clochettes, des poissons d'argent. Les femmes ont crié de ne pas y toucher. Nous avons toutes crié ! Un enfant n'a pas dû entendre. C'était une journée sans pluie, une belle journée, les gens étaient dehors. Mais ce n'était pas des petits jouets. » Je ne quitte pas l'officier des yeux, j'acquiesce à tout ce qu'il dit mais je ne l'écoute plus.

  • Je n'écoute pas l'officier. Je me souviens du chien de Gospi´c, de notre peur, du hurlement de Vladimir. Le chien avait voulu nous mordre. Plus tard, la dame de l'ancien restaurant nous avait offert du riz. « Mangez, avait-elle dit, ça va être froid. » Nous ne mangions pas, nous la regardions pleurer. « Vous savez, avait-elle ajouté, il tombait des petits jouets comme ceux des arbres de Noël ! Des boules rouges, des clochettes, des poissons d'argent. Les femmes ont crié de ne pas y toucher. Nous avons toutes crié ! Un enfant n'a pas dû entendre. C'était une journée sans pluie, une belle journée, les gens étaient dehors. Mais ce n'était pas des petits jouets. » Je ne quitte pas l'officier des yeux, j'acquiesce à tout ce qu'il dit mais je ne l'écoute plus.

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