EDITIONS MF

  • « Où sont les femmes ? Toujours pas là ! » affirme régulièrement la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (sacd). Cette inégalité entre les hommes et les femmes dans le spectacle vivant est aujourd'hui injustifiable. À la Renaissance, on pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de compositrices. Aujourd'hui, certes, elles sont plus nombreuses, mais elles restent encore très minoritaires ; ainsi en France, elles ne représentent que 10 % des compositeurs de musique.
    Après la publication en 2017 de La mémoire en acte. Quarante ans de création musicale, les Éditions MF et le Centre de documentation de la musique contemporaine ont décidé d'un deuxième ouvrage autour de la situation des compositrices en activité en France. Ce livre rassemble 53 portraits de compositrices accompagnés des points de vue de la philosophe Geneviève Fraisse et des musicologues Jacques Amblard, David Christoffel, Florence Launay... Plus d'une soixantaine de contributions inédites sont ici réunies.

  • Qu'est-ce que le corps humain ? À la fois la plus familière et la plus méconnue des choses, le corps est au centre de l'expérience mais représente également le lieu d'une préhistoire antérieure à toute expérience. Étrange et inconnu, cet autre aspect du corps a bien trop souvent été négligé par la phénoménologie. En se confrontant à cette négligence, The Thing redéfinit la phénoménologie en tant qu'espèce du réalisme, nommée phénoménologie inhumaine. Loin d'être le simple véhicule d'une voix humaine, cette phénoménologie inhumaine permet l'expression d'une matérialité étrangère aux limites de l'expérience. En associant la philosophie de Merleau-Ponty, Husserl et Levinas à l'horreur de John Carpenter, David Cronenberg et H. P. Lovecraft, Trigg explore la manière dont cette phénoménologie inhumaine place le corps hors du temps. Remettant en question les notions traditionnelles de la philosophie, The Thing fait également écho aux philosophies contemporaines du réalisme. Le résultat n'est ni plus ni moins qu'une renaissance de la phénoménologie redéfinie à travers la focale de l'horreur.

  • Ce livre a pour sujet la harsh noise. Cet art sonore actuel, bruitiste, généralement indépendant interroge l'esthétique à plusieurs égards. Réputé intense, voire violent (harsh signifie abrasif), proposant à l'auditeur un phénomène non structuré, particulièrement complexe et erratique, dans une mise en question des gestes de contrôle de la composition, il confronte la pensée aux limites de l'expérience musicale et à l'indiscernabilité du genre. Cependant, de nombreux performers de cette scène très active ont un discours réflexif et construit sur leur pratique. De Merzbow à Zbigniew Karkowski, la noise se décrit, se pense, voire se théorise. Et il en va de même pour ses auditeurs, souvent enclins à réfléchir leur expérience, dans sa singularité et son ambiguïté.
    S'appuyant sur ces discours d'auditeurs et de performers, cet ouvrage envisage ainsi la noise du côté de ses écoutes, en deux moments : 1) un essai d'esthétique qui s'interroge sur l'écoute engagée dans ce type de pratique sonore et de son rôle constitutif pour ce genre ; 2) les réponses à un questionnaire d'écoute et des entretiens qui permettent de comprendre comment une telle esthétisation du bruit s'avère possible. Ils mettent au jour les stratégies développées à cet effet, de manière plus ou moins consciente : éducation du sens, gestion de l'inconfort, imaginaires corporels, dans des termes qui singularisent la noise par rapport aux musiques expérimentales qui peuvent également ouvrir l'écoute au bruit du monde.
    L'enjeu de cet ouvrage est alors, également, de montrer en quoi un art sonore actuel et marginal peut engager des questionnements traditionnels en philosophie : question de l'ambiguïté du plaisir esthétique, de la venue à la forme, de l'éducation des sens...
    Cet ouvrage a reçu le soutien du Centre National du Livre.

  • « La plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier ». C'est en ces termes que le compositeur allemand d'avant-garde Karlheinz Stockhausen (1928-2007) a qualifié l'attaque terroriste contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. Au-delà de sa portée morale, cet essai philosophique montre la double vérité, artistique et politique, que renferme cette déclaration. La première a pour nom propre « malentendu », la seconde « sublime ». Le malentendu connecte les propos du compositeur à son esthétique et sa métaphysique : il questionne l'essence et la puissance de la musique.
    Qu'est-ce qui fait art ? Qu'est-ce qui fait oeuvre ? Que sont un matériau, un acte, une forme artistiques ? Comment une expérience vécue peut-elle constituer un matériau pour l'art, et devenir l'objet d'une écoute ? Et lorsque cette expérience est l'expériencede la violence, de l'horreur, de la guerre ? Quelle action, voire quelle violence la musique peut-elle exercer ? « Sublime » désigne pour sa part le type de rationalité esthétique qui définit la politique du 11 septembre. Car au-delà de l'abîme qui sépare politiquement une bande de criminels fanatiques et une démocratie libérale, c'est une même logique esthétique que partagent un chef d'État s'adressant à la nation américaine comme s'il était le héros d'une superproduction hollywoodienne, un chef terroriste qui se maquille comme un présentateur-vedette de journal télévisé pour revendiquer un attentat, et un compositeur qui a vu une oeuvre d'art dans un crime terroriste conçu pour ressembler à un film hollywoodien diffusé à la télévision.

    Cette logique révèle qu'esthétisation de la politique et marchandisation de la culture sont les deux faces d'un même phénomène qui affecte nos sociétés. Essai critique sur la violence de la musique et la musique de la violence, à l'intersection de la théorie politique et de la théorie esthétique, ce livre analyse les rapports entre art et terreur, technologie et culture, et considère la musique comme un objet de connaissance autant qu'une source de savoir sur notre monde.

  • Ecoldar

    Christine Lapostolle

    Une école d'art est un lieu à part, un lieu bizarre, enchanté, maudit, un abri, un théâtre, un microcosme, une île. Il s'agit dans ce livre de décrire cette île de l'intérieur pour les gens qui n'y sont pas. On y arrive sans trop savoir comment, on en repart sans trop savoir vers quoi. On y scrute les horizons incertains de l'art tout en essayant de donner formes aux questions qu'on se pose sur le monde et sur soi. Et pour peu qu'on y enseigne, on peut y percevoir le bruissement des rêves, des peurs, des désirs, des contradictions de ceux qui l'explorent. Composé par fragments, rêveries, questions, réminiscences, ce texte fait le portrait d'une jeunesse dans ses efforts pour surnager dans le grand marasme du présent. Il est aussi une invitation à réfléchir sur le sens du mot apprendre.
    Cet ouvrage a été publié avec le concours de l'École européenne supérieure d'art de Bretagne - site de Quimper.

  • L'histoire des images en mouvement est depuis longtemps dominée par un paradigme cinématographique. L'éclatement actuel des écrans nous oblige cependant à relire autrement ce passé. Non plus simplement comme le récit orienté d'un medium mais comme l'ouverture multiple d'une sphère : la sphère audiovisuelle. Et par « audiovisuel » on entend ici la part décisive d'images en mouvement produite au sein des industries culturelles. Les Champs de l'audiovisuel parcourt ainsi à nouveaux frais ce spectre d'images afin d'isoler les différents champs esthétiques qui le définissent, indépendamment du septième art. Au travers de l'analyse d'oeuvres diverses (Fantômas, Les Soprano, Faisons un rêve, I love Lucy, Loft Story, etc.) et de textes célèbres (Barthes, Skorecki, Bazin, Benjamin, etc.), le livre construit de manière progressive un panorama imprévu et une manière inédite de se rapporter aux images.

  • L'ouvrage se propose de montrer le sens qu'il y a à s'orienter, en politique, par affinités, tout en distinguant la logique affinitaire d'une logique identitaire et clanique discriminante, et en questionnant son rapport à la prise en compte de la coexistence non choisie des êtres humains, avec la pluralité de leurs préférences et de leurs genres de vie.
    Il propose la thèse suivante : c'est paradoxalement l'orientation affinitaire, sensible, consciemment partiale, plus qu'une prétention à s'orienter d'après des raisons, qui est la plus à même de faire une place à la coexistence de la multiplicité, parce qu'elle reconnaît l'absence de principe et donc l'illégitimité de toute prétention à l'uniformisation du monde. Elle ne comporte pas par elle-même de prétention à réduire le multiple à l'un, et donc de prétention à l'hégémonie.
    Cette problématique conduit à poser la question de la place de la raison dans le domaine politique (et donc aussi à questionner les rapports entre la pratique de la philosophie et la politique), à penser le rapport entre pensée logique et sensibilité politique (un des enjeux étant de proposer une définition de cette dernière). Par là, c'est aussi une éthique des choix politiques qui est esquissée.
    Elle conduit aussi à revisiter l'histoire de la pensée des affinités et de l'amitié politiques, et à préciser les liens entre politique affinitaire et de l'amitié, critique de la politique des programmes et des institutions, et critique de la domination, ce qui permet d'apporter un éclairage sur la question des rapports entre alliances, amitiés, inimitiés,dans les luttes politiques, ainsi que sur les mouvements politiques non institutionnels qu'on a vus émerger ces dernières années (par exemple les mouvements des places).
    Enfin, dans la mesure où la logique affinitaire est anti-hégémonique, anti-institutionnelle, le livre la montre à l'oeuvre dans certains féminismes radicaux, lieux privilégiés de l'articulation entre la partialité des orientations politiques et la prise en charge de la coexistence non choisie, ce qui permet d'articuler la critique féministe et la critique politique de la philosophie, pour proposer, peut-être, une autre manière de philosopher, et une autre manière d'articuler réflexion philosophique et engagement politique.

  • Pascal Dusapin est aujourd'hui le compositeur français vivant le plus célèbre. Il a composé, depuis quatre décennies, selon diverses manières, toutes atonales et néanmoins de plus en plus « accessibles » au public.
    La plus récente (son « troisième style »), empreinte de lyrisme, ne s'interdit plus les envoutantes textures de cordes, et serait en quelque sorte néo-romantique mais dans le strict cadre du timbre. La première, encore xénakienne, hérissée de quarts de tons et de tremoli néo-expressionnistes, était celle des années 1980. La seconde occupe cet ouvrage. C'est ce qu'on appelle « l'intonation ». Dusapin, durant les années 1990, assoie une « modalité restreinte » qui semble imiter, à l'instrument, les prosodies de la voix parlée. Il en résulte une permanence incantatoire, qui parle littéralement à l'auditeur.
    Ce livre commence par examiner comment la linguistique pourrait admettre de petits modes musicaux dans la parole. Puis on tente de présenter, techniquement, « l'intonationnisme » de Dusapin, qui culmine peut-être dans Watt (1994), le concerto pour trombone. Enfin on dégage une esthétique, l'écho. C'est une approche du tréfonds commun à l'homme et à l'animal, « sale », archaïque, prosaïque, en réaction historique aux scientismes sériels puis spectraux, et qui replace la voix, en tant qu'affect brut, au coeur de la musique contemporaine.
    Cet ouvrage est une réédition de Pascal Dusapin. L'intonation ou le secret (éditions mf, 2002), réaménagée et actualisée en son introduction.

  • Nous sommes aujourd'hui confrontés, à travers les objets techniques comme la réalité virtuelle ou, plus quotidiennement les images des jeux vidéo, à un changement qui affecte non pas les objets de la perception mais la perception elle-même. Ce changement a un nom qui est aussi un des grands impensés de la philosophie du xxe siècle : la « perception artificielle ». À travers les textes d'Edmund Husserl, Jacques Derrida et Bernard Stiegler et en s'appuyant sur des cas empruntés tant aux jeux vidéos et aux dispositifs de simulation qu'au cinéma, Elsa Boyer se livre à une enquête philosophique à la fois radicale et profonde. Car c'est la perception elle-même que son artificialité l'amène à repenser, par-delà l'opposition entre le réel et l'imaginaire. Relisant Husserl après Derrida et confrontant ce dernier au fantôme du premier, Elsa Boyer nous montre comment la réalité virtuelle nous oblige à (re)faire de la philosophie.

    Le texte est accompagné d'une préface de Catherine Malabou, philosophe, auteur de nombreux livres dont Le Change Heidegger. Du fantastique en philosophie (Léo Scheer, 2004), Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2005) et, plus récemment, Avant demain. Épigenèse et rationalité(PUF, 2014).

  • L'infra-monde

    François Bonnet

    Ce livre part d'une question : si la perception et le langage objectivent le monde, si l'imagination le structure, si le savoir l'ordonne, comment décrire, nommer ou même percevoir ce qui se fait jour quand le langage s'absente, la perception vacille l'imagination défaille et le savoir se dérobe ? Comment dire, montrer ou faire entendre ce qui mine et réfute l'ordre des choses, le réel immuable, le sensible administré ? Pour répondre à cette question, François J. Bonnet nous entraîne dans une enquête qui traverse la philosophie et les sciences humaines, mais aussi la littérature, le cinéma et les arts visuels. Car il ne suffit pas d'analyser et de comprendre la puissance ordonnatrice de nos représentations, il faut encore interroger les oeuvres et les artistes qui ont fait l'expérience de ces moments où elles se sont fissurées, laissant place à l'angoisse et au vertige. L'infra-monde dessine en creux une autre histoire, souterraine et inquiétante, une histoire où tout est brume, chaos et tourbillons.

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