Fayard

  • De 1480 à 1834, l'Inquisition espagnole a été placée sous l'autorité du pouvoir central. C'est ce qui la distingue des formes d'intolérance qu'on trouve dans d'autres pays à la même époque. Partout ailleurs, le pouvoir civil a prêté son concours au pouvoir spirituel pour punir les attaques contre la religion et il s'est souvent acquitté de cette tâche avec zèle ; il s'est fait, au sens propre, le bras séculier de l'Eglise. En Espagne, le pouvoir civil ne se contente pas de seconder l'Eglise ; il prend l'initiative de la répression, nomme les agents chargés de la mener à bien et leur donne un statut privilégié ; le Conseil de l'Inquisition est l'un des grands corps de l'Etat au même titre que le Conseil des finances ou le Conseil des Indes. La confusion du temporel et du spirituel contient en germe l'une des plus dangereuses tentations du monde moderne : la tendance à faire de l'idéologie le complément obligé du politique.


    Joseph Pérez est professeur honoraire de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux-III. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques de Bordeaux, ancien directeur de la Casa de Velásquez de Madrid, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (1988), Histoire de l'Espagne (1996), L'Espagne de Philippe II (1999), tous publiés chez Fayard.

  • La société de l'Ancien Régime - et particulièrement celle du XVIIe siècle - nous est aujourd'hui à peu près aussi exotique que celle de l'Antiquité classique ou de l'Amérique précolombienne... Nous avons d'elle une vision figée par les trois siècles qui nous en séparent, et longtemps une lecture idéologique du passé de la France a stérilisé les recherches des historiens.

    Il n'en va heureusement plus ainsi de nos jours, car de nombreux travaux d'érudition ont fait " bouger les lignes " : les synthèses deviennent possibles. De cette " société d'ordres " - et en aucun cas de classes ! - Michel Vergé-Franceschi dresse ici un tableau complet et vivant, l'analysant sous un triple prisme : celui de la tradition (avec ses charges de grand veneur, grand louvetier, grand fauconnier, etc.) ; celui de l'innovation (avec par exemple ses chirurgiens qui ne sont plus barbiers, ses ingénieurs, ses officiers de marine...), enfin celui de l'ouverture, car, sous Louis XIV, et contrairement aux idées reçues, un fils de pêcheur illettré peut devenir officier général (Jean Bart), le descendant de simples artisans champenois ministre (Colbert), le rejeton de grenetiers au grenier à sel chanceliers de France et gardes des Sceaux (les d'Aligre père et fils) , etc.

    Pour reposer sur des fondements radicalement différents de ceux que nous connaissons, la société française du XVIIe siècle n'en a pas moins été, à sa manière, une société ouverte.

  • Vouloir dépeindre toutes les sociétés qui parsemaient l´ancien Empire romain d´Occident, en y ajoutant l´Irlande et la Scandinavie qui ne virent jamais un seul légionnaire, depuis l´invasion des Lombards en 568 jusqu´à celle des Vikings à la fin du ixe siècle relève du tour de force. Cet ouvrage analyse donc la juxtaposition de sociétés païennes encore tribales à côté ou dans des sociétés chrétiennes avec ou sans Etat. Le rapport du religieux au social et du politique au social permet d´expliquer qu´à travers quatre siècles ces sociétés ont été continuellement en mouvement, connaissant, ici, des phases de progrès, là, des phases de régression. Il fallait ainsi faire le tour de ces sociétés avant d´en venir au royaume des Francs en sa première création sociale, celle des Mérovingiens, puis en son second essai, celui des Carolingiens, qui s´est voulu un retour à la Rome antique et à son empire. Ainsi passe-t-on insensiblement, d´une unité perdue, par des différences prononcées telles que l´échec espagnol, la réussite lombarde, la difficile affirmation anglo-saxonne, la supériorité navale scandinave, pour aboutir à ce pôle carolingien. Il attire à lui, par sa synthèse originale et ses liens sociaux, romains, germaniques et chrétiens, toutes les autres sociétés. Une chrétienté sacrale fera naître les racines de l´Europe. Comment y est-elle parvenue ?

  • " En brossant à contresens le poil trop luisant de l´Histoire ", pour reprendre l´expression de Walter Benjamin, Emmanuel de Waresquiel, fort de ses travaux sur le premier XIXe siècle, se demande dans ce court essai pourquoi et comment l´écriture de l´Histoire a influencé le long terme de nos significations historiques en créant de toutes pièces les éléments d´une culture politique et sociale fortement clivée, qui a façonné un peu de cette " exception " française restée vivante jusqu´à nos jours.

    Pourquoi, après l´Empire, sous la Restauration, jusqu´à la IIIe République, l´enjeu des élites et du pouvoir s´est-il situé du côté de la maîtrise du passé de la Révolution ? En quoi l´omniprésence d´une Révolution revisitée, voire rejouée comme sous les Cent-Jours, a-t-elle favorisé en France une culture de l´affrontement aux dépens d´une culture du compromis ? Comment la Nation, la Patrie, le Peuple, le Drapeau, la Gloire, la Liberté sont-ils devenus progressivement les atouts d´une mémoire déformée, voire transformée, au point, par exemple, qu´une défaite comme celle de Waterloo devienne la victoire du courage et de l´énergie français ou que les Bourbons soient assimilés pour toujours aux " fourgons de l´étranger " ?

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