Littérature nordique

  • Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d'après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant - à une lettre près - amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille... Des années plus tard, Sigvaldi tombe d'une échelle et se remémore toute son existence  : il n'a pas été un père à la hauteur, et la vie d'Ásta n'a pas tenu cette promesse de bonheur.
    Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l'urgence autant que l'impossibilité d'aimer. À travers l'histoire de Sigvaldi et d'Helga puis, une génération plus tard, celle d'Ásta et de Jósef, il nous offre un superbe roman, lyrique et charnel, sur des sentiments plus grands que nous, et des vies qui s'enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.

  • Nous sommes en février 1959. La chalutier Mafur vient de terminer sa campagne de pêche au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Les cales sont chargées de sébaste et les trente-deux marins présents à bord pensent déjà à rentrer au port, à Reykjavik, lorsque la météo change drastiquement. La température chute, les vents se déchaînent. Toutefois, le plus grand danger ne vient pas de la houle et des vagues qui déferlent impitoyablement sur le bateau, mais de la glace qui s'accumule sur le pont. Bientôt tout est pris sous une épaisse couche de glace, le bastingage, les flancs, la passerelle, et cette gangue devenant de plus en plus lourde, le chalutier risque d'être entraîné vers le fond. Les membres de l'équipage se relaient alors sans arrêt pour essayer de dégager le pont. Plus personne ne dort, on s'accorde tout juste quelques pauses pour reprendre des forces et se réchauffer. Tous le savent  : une course contre la montre est engagée, une bataille de vie ou de mort.
     
    Le roman haletant d'Einar Karason nous plonge littéralement dans les eaux gelées de la mer du Labrador. L'hyper-réalisme du récit nous fait ressentir la lutte contre les vagues au-delà de l'épuisement, et l'on partage la fureur de vivre de ces hommes menacés par les forces déchaînées de la nature comme si l'on se trouvait à bord...  Un tour de force, un livre d'aventure et un grand roman maritime à la fois.
    Traduit de l'islandais par Éric Boury

  • Dans un petit village des fjords de l'ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s'il n'y a ni église ni cimetière dans la commune, la vie avance, le temps réclame son dû.
    Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois  : le retour d'un ancien amant qu'on croyait parti pour toujours, l'attraction des astres ou des oiseaux, une petite robe en velours sombre, ou un chignon de cheveux roux. Pour certains, c'est une rencontre fortuite sur la lande, pour d'autres le sentiment que les ombres ont vaincu - il suffit de peu pour faire basculer un destin. Et parfois même, ce sont les fantômes qui s'en mêlent...
    En huit chapitres, Jón Kalman Stefánsson se fait le chroniqueur de cette communauté dont les héros se nomment Davíð, Sólrún, Jónas, Ágústa, Elísabet ou Kristín, et plonge dans le secret de leurs âmes. Une ronde de désirs et de rêves, une comédie humaine à l'islandaise, et si universelle en même temps. Lumière d'été, puis vient la nuit charme, émeut, bouleverse.
    Traduit de l'islandais par Éric Boury

  • À la mort de sa mère Maria, Martin Brenner ressent certes de la douleur mais s'interroge aussi : il ne s'est jamais vraiment senti très proche d'elle. Il procède à la dispersion des cendres en suivant ses dernières volontés, met sa maison en vente, puis il compte reprendre le cours de sa vie, entouré par son épouse Cristina et sa fille Sara. Brenner est généticien et directeur d'un laboratoire, un homme discret et plutôt solitaire. Il s'estime heureux dans la vie.
    Mais lorsqu'un avocat l'appelle pour lui annoncer que sa mère était juive et survivante des camps, sa vie prend un tournant imprévu. Petit à petit, les révélations contenues dans une lettre laissée par sa mère et les informations que lui fournissent l'avocat et le rabbin de la ville où il habite le poussent à faire des recherches sur l'identité juive. Il croise ses lectures personnelles sur le sujet avec les recherches en génétique qu'il mène - touchant à la question de l'appartenance religieuse et ethnique, vue par la science. Il décide de n'en parler à personne - pas même à son épouse - avant de parvenir à une décision quant à sa judéité : il refuse l'idée qu'il doive assumer le fait d'être juif seulement parce que sa mère l'avait été. Mais lors d'un colloque scientifique à Montréal, il est pris à parti dans un débat et alors qu'on l'accuse d'antisémitisme, il révèle sa judéité... Le piège s'est renfermé sur lui, et le château de cartes qu'était devenu sa vie s'effondre : sa femme Cristina, ignorant tout de sa réflexion, se sent trahie, puis quand lui et sa fille deviennent la cible d'ignobles attaques antisémites, son épouse le quitte. Il perd son travail, son meilleur ami se détourne de lui, seul le rabbin Golder maintient le contact. Il fait alors appel à un écrivain célèbre et lui demande de raconter son histoire...
     
    Le choix de Martin Brenner nous fait vivre de l'intérieur la descente aux enfers d'un homme aux prises avec la question identitaire. Le roman nous propose ainsi une interrogation sur le libre-arbitre. Comment savoir qui nous voulons être dans notre vie intime et aux yeux de la société ? Comment rester libre dans ce choix ?
    Traduit du suédois par Hélène Hervieu

  • Île est un voyage poétique où s'entrecroisent les générations. Nous découvrons l'histoire d'une jeune femme, danoise par son père et féroïenne par sa mère, qui rend visite à sa famille maternelle sur la trace de ses ancêtres. Elle fait partie de la troisième génération d'immigrés, celle qui est «  à moitié chez elle dans son pays, à moitié chez elle dans son langage  », une narratrice partagée entre le Danemark où elle vit et les Îles Féroé où se trouvent ses racines. En parallèle, nous découvrons le récit fondateur de sa famille et la traversée effectuée par sa grand-mère pour rejoindre son mari désormais installé à Copenhague. Afin de trouver du travail et bâtir un foyer sur le continent, ils ont laissé derrière eux leur vie insulaire et une partie de leur âme. Nous sommes dans les années 30 et la Guerre va éclater, le couple ainsi que leur fille, la mère de la narratrice, se retrouvent alors du mauvais côté de l'Histoire...
    Entre mythes familiaux et nationaux, ce roman de l'entre-deux explore la question des origines ainsi que de l'héritage. En faisant alterner l'histoire des grands-parents de la narratrice et la quête identitaire de celle-ci, Siri Ranva Hjelm Jacobsen compose un premier roman d'une grâce bouleversante. Sa plume nous emporte dans un univers fabuleux où les maisons soutiennent les montagnes et où les pierres bourdonnent lorsqu'on les touche. Un merveilleux voyage aux Îles Féroé et dans l'intimité d'une jeune femme partagée entre deux cultures.
     
    «  Siri Ranva Hjelm Jacobsen fait partie des rares auteurs qui parviennent à créer de la magie à partir de presque rien. Elle saisit ce qui est vague et incompréhensible, l'inoubliable qui respire entre les mots, entre les personnages et les générations. Elle saisit ce qu'il y a de plus beau et de plus douloureux  : la nostalgie du temps. Il ne s'agit pas d'une petite prouesse, mais d'un triomphe.  » Jón Kalman Stefánsson
    Traduit du danois par Andreas Saint Bonnet

  • Le volcan

    Klaus Mann

    Publié en 1939, le Volcan fut écrit dans la fièvre des événements. Il s'agissait pour le fils ainé de Thomas Mann de combattre le nazisme qui l'avait contraint à quitter son pays en 1933, et l'avait déchu de la nationalité allemamnde l'année suivante. De Paris à Vienne en passant par New York, Klaus Mann peint avec une extraordinaire acuite l'Internationale des proscrits, la résistance passive, impuissante, de ces intellectuels, de ces juifs, devenus citoyens de nulle part, ratiocinant sans fin sur le destin d'une Allemagne qui leur échappe, obligés de se reconvertir dans des métiers manuels. Humiliés. Pathétiques.
    Ce roman-document, traversé par la guerre d'Espagne et l'Anschluss, brasse des dizaines de personnages, qui ne sont pas tous des héros. La foi humaniste, la clairvoyance de Klaus Mann illuminent cette chronique arc-boutée contre un régime qui, à l'époque, fit d'une partie de l'Europe un « volcan » bavant une lave honteuse et meurtrière.

  • Par une brumeuse nuit de février, l'éditeur Karl Petersén arrive, non sans quelques inquiétudes, dans le port d'Helsinborg, avec une bouteille de champagne et le contrat du poète Jan Y. Nilsson, qui vit à bord d'un bateau de pêche. L'éditeur l'a persuadé d'écrire un roman policier, futur best-seller, déjà vendu aux plus prestigieuses maisons d'édition d'Europe. Mais le poète acceptera-t-il de le signer ? Se résignera-t-il à sacrifier sa réputation et à se plier aux lois du marché ?
    Lorsque Petersén découvre Jan Y. pendu, la réponse semble évidente. Le commissaire Barck, chargé de l'enquête, n'a aucun doute : les poètes ne se font pas assassiner, ils se suicident. Pourtant, les mobiles ne manquent pas...
    A l'âge d'or du roman policier nordique, Bjrn Larsson signe ce qu'il appelle un "genre de roman policier", jeu littéraire raffiné et ironique sur l'essence même de l'écriture poétique et romanesque. Dans une pétillante satire du monde éditorial continuellement à la recherche du prochain succès, seul un policier-poète a l'expérience et la sensibilité pour saisir les vérités cachées derrière les apparences...

  • Ce livre, publié aux éditions Jean-Cyrille Godefroy en 1984, est indisponible depuis plus de quinze ans.
    La Symphonie pathétique est la dernière oeuvre de Tchaïkovski. C'est aussi le dernier appel d'une âme romantique et tourmentée dont l'existence n'aura été qu'une recherche de l'impossible amour.
    Nous faisant partager les incertitudes et les joies de la création qui ont bouleversé Tchaïkovski toute sa vie, Symphonie pathétique nous entraîne dans le tourbillon d'une Europe fin de siècle. Une Europe où les tournées triomphales nous font rencontrer le grand monde de la musique : Brahms, Schumann, Grieg, Mahler, Moussorgski, et où la gloire rend plus vive encore la lutte pour la reconnaissance, pour la vie, pour l'amour...

  • Ellen vient d'avoir onze ans. Elle a prié Dieu pour que son père meure, elle a souhaité de tout son coeur qu'il disparaisse et qu'il cesse de venir à la maison. Ses parents étaient divorcés mais les visites de son père alcoolique, colérique, se faisaient de plus en plus menaçantes. Avant cela pourtant, la famille avait été heureuse, sa mère était l'une des comédiennes les plus célèbres de Suède. Puis son père avait changé et elle avait commencé à prier.
    Son père est mort. «  C'est de ma faute  » avait-elle immédiatement pensé, son souhait le plus cher s'était réalisé. Depuis ce jour elle ne parle plus. Personne n'entend le son de sa voix, elle s'est murée dans le silence. Son frère s'enferme lui aussi dans sa chambre dont il cloue la porte pour que personne n'entre alors que sa mère répète à longueur de journée que leur famille est lumineuse. Comme pour faire revivre un passé glorieux, lorsque sa fille venait assister à ses spectacles et qu'elle l'applaudissait quand elle déclamait sur scène  :  «  Bienvenue en Amérique  ».
    Enfermés dans la tête de la jeune narratrice muette, nous assistons fascinés et impuissants au drame familial. Linda Bostrm Knausgård installe une atmosphère étrangement sombre et lucide, qui confère toute sa force au texte. Elle donne surtout vie à une enfant dévastée par la culpabilité qui parvient, malgré tout, à trouver un refuge dans ses souvenirs les plus lumineux

  •  
    Une voiture approche et le temps semble s'arrêter dans la petite ville de Foldnes, en Norvège. Nous sommes le 29 juillet 2011, une semaine après le massacre perpétré par Anders Breivik sur l'île d'Utøya où soixante-neuf personnes, des jeunes pour la plupart, furent abattues. Sella observe ses voisins dans le véhicule  : la mère au volant, le père à côté, les deux garçons à l'arrière et une place restée vide. Ils rentrent chez eux sans leur fille, leur soeur, assassinée au cours de l'attaque.
    Sella et son mari vivent depuis longtemps près de cette famille qu'ils ne connaissent pas. Pourtant, eux aussi ont perdu un enfant il y a plusieurs années. Leur fils adoptif, d'origine philippine, était parti à dix-huit ans sur les traces de ses parents biologiques. Il ne rentra pas. Dévastée par cette disparition, Sella aimerait aujourd'hui être présente pour ses voisins, mais peut-on être solidaire de la douleur de l'autre  ?
    Vous n'êtes pas venus au monde pour rester seuls interroge le sens du deuil collectif, du deuil intime et du deuil par procuration. Evjemo installe une atmosphère hyperréaliste au service d'une histoire dont le terrorisme n'est pas l'objet mais le coeur. Une fiction sur l'état de nos sociétés post-attentats. Un texte important, poignant..

  • A Oslo en 1989, Ari, le dernier descendant de la famille Spinoza, promet à sa mère de raconter la vie de ses ancêtres à travers les siècles : soit 37 générations !L'histoire débute en Espagne en 1140 quand un jeune homme, Baruch Spinoza, après avoir eu une vision de Moïse, entreprend un voyage initiatique qui le mène jusqu'au Portugal, où il devient médecin du roi. Là, il conçoit l'élixir de l'immortalité. Le secret de sa fabrication sera transmis de génération en génération, de Baruch à Simon, Amos, Shlomo, Israël, Chaïm, Moishe, Salman, le seul qui l'ingérera, vivra plus de 130 ans et incarnera la figure du Juif Errant.En l'espace de huit siècles, chaque détenteur du secret va connaître un incroyable destin et marquer l'histoire de l'Europe, traversant l'Inquisition, la Seconde Guerre mondiale, l'holocauste, le communisme, en passant par le siècle des Lumières et la Révolution française.C'est toute l'histoire de l'Europe - petite et grande - qui est revisitée : anecdotes, récits en tout genre, contes, considérations religieuses, saga familiale : une valse des sentiments humains du plus abject au plus généreux, un hymne à la famille et à la vie.Le dernier des Spinoza a sauvé sa famille de l'oubli et transmis le seul vrai trésor que l'on doit transmettre : la mémoire et les souvenirs.

  • Jacob est le petit-fils d'une famille juive, arrivée en Suède en passant par le Danemark et installée à Gteborg. Peu pratiquant, il a pris ses distances avec la communauté, mais revient, à l'occasion de l'enterrement de sa grand-mère, sur son enfance et les événements tragiques qui l'ont marquée.
    Un texte teinté de mélancolie, qui nous fait découvrir avec un humour souvent décalé le destin de cette famille et son univers si particulier. A la fois drôle et émouvant, Trois signes emporte le lecteur dans un tourbillon d'anecdotes, et dévoile la blessure d'une vie en Israël et la réalité de la vie en Suède.

  • Dans les années 1920, au coeur de la forêt indienne, une meute de loups terrorise les villageois. Parmi ces bêtes, deux têtes blondes - deux fillettes sauvages, bientôt recueillies par le pasteur Singh dans son orphelinat pour être « civilisées ».
    Quelques années plus tard, une hôtesse de l'air, enceinte, apprend que son enfant est atteint de trisomie, et prend alors une décision aussi étrange que fatidique.
    Le même jour, un fait divers atroce défraie la une de tous les journaux anglais : la mort d'un tout jeune enfant, martyrisé par une mère immature et un beau-père sadique.
    À travers ces trois destins entremêlés, Laura Gustafsson dresse avec audace et humour le portrait glaçant du monde que nous partageons, gouverné par la cruauté, la bêtise et l'indifférence. Un monde où, plus que jamais, l'homme est un loup pour l'homme.

  • Il était une fois, sur les cimes de l'Olympe, une déesse nommée Aphrodite. Ayant perdu son bel amant d'un soir, assassiné par un autre de ses prétendants consumé de jalousie, elle voulut se rendre aux Enfers pour l'en ramener. Hélas, une malencontreuse erreur d'aiguillage la fit atterrir dans un tout autre royaume : la Finlande.Il était une fois, à Helsinki, deux femmes, nommées Kalla et Milla, qui faisaient profession de vendre leurs charmes - l'une par dépit, l'autre par vocation.La déesse et les putes, unies sous la bannière de l'insoumission, de la révolte et de l'humour, décidèrent alors de déclarer la guerre à l'engeance la plus bête et méchante, vulgaire, veule et violente que la terre ait jamais portée : les hommes.Il était une fois, dans le western porn-punk nordique, tarantinesque et homérique que vous tenez entre les mains, une jeune femme nommée Laura Gustafsson qui, sous les apparences d'une fantaisie iconoclaste, signait en réalité un véritable manifeste, d'une radicalité réjouissante et salutaire.

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