Littérature européenne rare

  • Gerard élève seul ses trois garçons depuis que leur mère les a quittés sans laisser d'adresse, se contentant d'envoyer des cartes postales depuis l'Italie pour les anniversaires et Noël. Klaas et Kees, les jumeaux de seize ans et leur petit frère Gerson - sans oublier le chien, Daan - vivent néanmoins dans une maisonnée plutôt joyeuse où Gerard s'efforce de faire bonne figure.
    Un dimanche matin ordinaire où ils sont invités chez les grands-parents, leur vie bascule. Sur une route de campagne traversant des vergers où fleurissent des arbres fruitiers, une voiture s'encastre dans celle de Gerard, le choc est violent. Si les jumeaux et le père s'en tirent avec des blessures légères, il en sera tout autrement pour Gerson. Il est plongé dans le coma et au réveil, il comprend qu'il a perdu la vue. Aidé par Harald, infirmier dévoué, l'adolescent tente d'apprivoiser sa nouvelle vie, alors que les jumeaux et leur père essaient également de faire face, mais le retour à la maison est douloureux malgré le soutien de Jan et Anna, les grands-parents des enfants. Gerson s'enferme dans sa douleur et sa colère, refuse d'accepter toute aide et de se projeter dans un quelconque avenir. Plus personne ne sait comment le soutenir. Gerard presse son fils de prendre des décisions quant à son futur, sans résultat. Lorsque l'été arrive, tous savent que les choses ne pourront pas continuer ainsi  à la rentrée.  Le séjour prévu dans la paisible maison des grands-parents au bord d'un lac apparaît alors à tous comme la possibilité d'un nouveau départ...
    Gerbrand Bakker est un maître incontesté dans l'art de saisir l'essentiel avec peu de mots. Son écriture impressionne par sa concision, sa justesse et surtout, par l'absence absolue de tout pathos. Racontée pour l'essentiel par ses frères, l'histoire de ce jeune garçon qui ne parvient pas à accepter de vivre dans le noir n'en devient que plus déchirante.
    Traduit du néerlandais par Françoise Antoine

  • L'idée de ce guide à la fois joli et pratique est venue à l'éditeur et traducteur hollandais de Carlos Ruiz Zafon, Nelleke Geel. Il s'agit d'inviter le lecteur-voyageur à se replonger dans l'univers de L'ombre du vent, en retrouvant à Barcelone aujourd'hui, les lieux évoqués dans le roman.
    Le principe est simple : un extrait du texte, photos, détails historiques et touristiques (bus, métro, bars, musées, etc ) et commentaire de Carlos Ruiz Zafon. Ainsi on retrouve l'avenue du Tibidabo où vivent les Aldaya, la calle Joaquin Costa où habite Fermin Romero de Torres, la calle santa Ana où vivent les Sampere, la librairie, les cafés, les églises et qui sait, le cimetière des livres oubliés !

  • Wiera Gran était la chanteuse étoile du ghetto de Varsovie. cette "Marlène Dietrich née Grynberg", d'une beauté stupéfiante, à la voix chaude, se produit au coeur du Broadway juif d'avril 1941 au printemps 1942, où elle parvient à fuir, laissant derrière elle les siens. Son accompagnateur, Wladislas Szpilman, le "pianiste" du célèbre film de Roman Polanski, passera à la postérité. Elle, non. Pourquoi ? Quelle fut sa faute ? A quel prix peut-on survivre ? Comment savoir ce qui s'est vraiment passé entre les murs du ghetto ? Wiera Gran sera accusée après la guerre d'avoir collaboré avec les nazis, d'avoir chanté devant eux, d'avoir incarné une "Mata-Hari" glamour, une sorte d'agent double. Folle de chagrin, persuadée qu'on la persécutait, juive errante, exilée chantant dans les cabarets de Caracas ou de Tel-Aviv, comme au Carnegie Hall à New York, elle finit sa vie, seule, dans un petit appartement parisien, reine d'un royaume, des ombres et des secrets de la guerre. Elle meurt le 19 novembre 2007.A la fois détective et historienne, biographe empathique et enquêtrice d'une mémoire défaillante, Agata Tuszynska ressuscite dans ce livre poignant et fiévreux, traversée du siècle, le destin brisé comme l'honneur perdu de Wiera Gran.

  • « Józefina Szeliska, dite Juna, fut entre 1933 et 1937 la fiancée de Bruno Schulz, peintre et écrivain de génie, âme tourmentée, assassiné en 1942 dans sa ville natale de Drohobycz, en Pologne. Elle fut sa compagne et sa muse. Mais Bruno Schulz était incapable d'aimer, sinon de vivre. Accaparé par sa seule véritable passion - son oeuvre -, il devait inexorablement s'éloigner de Juna, et du monde. Elle ne l'oublia jamais, et continua de vivre avec son fantôme jusqu'à sa propre disparition, en 1991. De cette histoire, elle ne dit rien, à personne, pendant près d'un demi-siècle. Après guerre, à la rubrique "état-civil" des formulaires, elle écrivait : "seule". Voilà pour les faits. Tout le reste n'est que le jeu de l'histoire, de la mémoire et de l'imagination. » - A. T.

  • Une femme quitte la chambre où son amant continue à dormir et descend à la cuisine. Elle commence à préparer un gâteau, au milieu de la nuit, et ses pensées s'évadent, la ramènent à sa rencontre avec Ton, quelques années plus tôt, et à cette attraction immédiate entre eux. Les images d'une sortie en patins à glace sur les canaux gelés lui reviennent en mémoire, sans doute le moment qui avait scellé leur histoire d'amour ; elle repense aussi à sa décision de s'installer à la campagne avec lui, dans cette maison où elle vit encore à présent. Car Ton, malgré de brillantes études de droit, croit qu'il sera plus heureux en reprenant la pépinière de ses parents. Deux ans plus tard, il se suicide dans une des serres... La narratrice décide de rester, devient l'institutrice du village. Elle se met à rencontrer d'autres hommes, grâce à des petites annonces. Elle les fait venir chez elle, mais après avoir fait l'amour, elle ne parvient pas à dormir avec eux...
    Au premier regard est le récit d'une épiphanie, ou d'une acceptation. La voix d'une femme qui assume sa sexualité, et qui essaie de faire la paix avec son passé, afin de faire cohabiter le souvenir d'un grand amour et le besoin d'avancer. Le charme du livre de Margriet de Moor tient à cette alliance entre sensualité et réflexion, ainsi qu'à une langue musicale d'une grande beauté qui explore les méandres de l'âme humaine avec une clairvoyance rare.

  • « L'homme que j'aime et avec qui je devais vieillir est mortellement malade. Le verdict est sans équivoque. Il n'y a pas eu de signes avant-coureurs. Dans un mouvement de défense, nous parlons d'amour. Nous allons nous battre, nous serons ensemble. Nous n'allons pas capituler. » Ce livre n'est pas seulement le récit du combat perdu d'avance que livrèrent Agata Tuszynska et son mari Henryk Dasko contre le Glioblastome multiforme, la plus féroce des tumeurs du cerveau, c'est aussi le journal d'un amour. Un amour plus fort que la mort inévitable, un amour qui prend ses racines dans l'admiration qu'Agata porte à Henryk. Sur un axe Varsovie-Toronto, les amants sont ensemble transportés dans cette « zone dangereuse » qu'est la maladie, évoquée ici avec une précision et une virtuosité stylistique qui évoquent L'année de la pensée magique de Joan Didion. L'amant protecteur et roi devient un patient dans un monde neuf. Devant l'absence d'avenir, c'est le passé qu'on revisite, Varsovie, une famille juive, la guerre et l'extermination des juifs d'Europe, la littérature aimée, l'écriture, le talent des mots. C'est à Paris, pendant la promotion de L'Histoire familiale de la peur, qu'Agata apprend la mort d'Henryk. Les Exercices de la perte s'apparentent à un journal intime où l'on suit l'auteur presque jour après jour, mois après mois. Ses phrases simples, son style limpide, débordent d'émotions : l'amour, certes, mais aussi le désespoir, la rage, la tristesse extrême, l'inquiétude, la peur.

  • « Ce livre est en moi depuis des années. Comme un secret. Dès l'instant où j'ai appris que je n'étais pas celle que je croyais être. A partir du moment où ma mère s'est résolue à me dire qu'elle était juive.
    J'avais dix-neuf ans, mais je n'ai pas compris sur-le-champ la signification de ces paroles. Ni leur conséquence. Il s'est écoulé au moins dix ans avant que je commence à me familiariser avec cette idée, et quelques années encore avant que je parvienne à en faire quelque chose. J'ai grandi dans une famille polonaise catholique à laquelle le péché de l'antisémitisme n'était pas étranger. J'ai longtemps vécu dans un dédoublement schizophrène, ne sachant mettre au jour cette vérité que j'estimais épouvantable. Ce livre sera l'enregistrement de mon histoire. »
    Avec Une histoire familiale de la peur, Agata Tuszynska poursuit son exploration de l'histoire complexe et douloureuse de l'histoire juive polonaise. On découvre, dans ce livre déchirant et singulier, à mi-chemin entre rêverie littéraire, reportage historique et chronique intime, la lente émergence d'une mémoire familiale, recomposée à partir des bribes laissées par un passé tragique. Traque obsessionnelle des souvenirs enfouis, refoulés, réflexion limpide et profonde sur la transmission et l'identité, la guerre et son long héritage de blessures, flamboyante galerie de portraits, formidable radiographie de la Pologne du dernier demi-siècle, Une histoire familiale de la peur est tout cela et bien plus encore : la révélation d'un écrivain rare.

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