• Tout débute un beau jour quand le narrateur trouve une chose par terre, dans la rue. Une chose ? Quelque chose, de forme ovale, à la fois mou et dur, qu'il ne parvient pas à identifier mais qu'il prend dans le creux de sa main.
    Commence alors pour lui une étonnante divagation où, guidé par sa recherche, il connaîtra mille et une aventures : lors de son voyage, il rencontrera des universitaires spécialistes de littérature israélienne, une troupe de cirque d'un genre un peu particulier, un groupe de Juifs à la poursuite de leur utopie, et non pas une, mais deux femmes prénommées Shloma.
    De rencontres inopinées en hasards improbables, l'équipée de notre héros se relance à chaque fois. Car bien sûr tous ces personnages hauts en couleur ont un point commun : ils ont chacun un avis sur la question.

  • L'Europe ne sait plus où elle va. Les Européens ne se reconnaissent plus dans l'Union, au point que la plupart d'entre eux se replient sur leurs nations respectives. S'ils veulent un avenir, ils doivent se proclamer citoyens d'une République européenne. Qu'ils fassent comme les Français en 1789 : une révolution, non au sens d'un renversement du pouvoir établi au profit d'un autre, ni de la victoire d'une classe sociale sur une autre, mais un acte "politique", né de la décision des uns et des autres d'exercer leur liberté en commun, ce dont le capitalisme les prive.Avec la primauté du politique sur l'économique, sera aboli "l'assujettissement de la vie sociale à l'accroissement sans fin du capital", tandis que la République pourra satisfaire les besoins et désirs essentiels de chacun.

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Allia, dont Leçons sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme et Esquisses. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards. En 2017, il a publié Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia, couronnés du prix Michel-Dentan, du prix Roger Caillois de l'essai et du prix Psychologies magazine.

  • Tisser Nouv.

    Tisser

    Raharimanana

    L'art de tisser l'humanité

    Résumé
    Récit de l'auteur malgache Raharimanana qui entremêle légendes, mythes fondateurs et réalités contemporaines. Soucieux de restituer la mémoire trop souvent trahie par les récits, l'auteur revisite les luttes de libération, les formes de résistance et d'utopie. Il met en place une cosmogonie où tout se tisse dans une diversité de voix, de perspectives poétiques et politiques, rassemblant des formes singulières d'écriture et de transmission de la parole.

    Un enfant mort-né raconte la genèse du monde. Il fait appel aux mythes pour dire les dérives totalitaires et la quête de liberté. Fable contemporaine qui rétablit la relation entre les temps, passé et présent, les ancêtres et le monde contemporain, l'Esprit et le réel, le récit se donne à lire comme fibres à tisser l'humanité.

    Extrait
    Je vous viens d'un récit violent, de nombre de pays, d'un récit traversé et clivé par l'esclavage, la colonisation et la mondialisation. Vous qui vivez maintenant, vous qui me devinez là, en vous, semblant déjà familier car chuchotant en vos veines le tumulte des époques, celles passées, et celle dite actuelle - l'époque n'a aucun sens pour moi, l'actualité, le présent, moi qui serpente à travers les cours de la vie comme on serpente à travers les ruisseaux, la source est la finalité, la mer retourne dans les entrailles de la montagne, je confirme, une époque des idéaux mis à terre au profit des armes et de l'argent, sous le cynisme du monde qui se proclame développé, dans le rire des accapareurs de pouvoir qui se drapent de morgue et se proclament maîtres de la cité, maîtres de la Bourse, maîtres du culte ou de tout autre maillage collectif.

    Point de vue de l'auteur
    Tisser, c'est le récit de la vie. La vie faite de plusieurs fibres, chaque fibre ayant sa nature, sa force, mais unie à d'autres, forme le tout, le motif, le sens, la force, la délicatesse. Tisser, c'est se connaître comme fibre, et accepter de se lier à d'autres pour une existence plus vaste. Tisser pour moi, c'est avoir cette hauteur de vue, prendre soin de chaque fibre, chaque fil tout en se projetant sur le tissu à réaliser.

    L'auteur
    Raharimanana est né en 1967 à Antananarivo, Madagascar. Il y réside jusqu'à l'âge de 22 ans. Poète, romancier et homme de théâtre, il vit en France où il s'engage dans cette écriture de la mémoire qui met en récit légende et réalité.

  • David Graeber séjourna à Madagascar de 1989 à 1991 et y découvrit l'existence d'un groupe ethnique formé des descendants des pirates qui s'y étaient installées au début du XVIIIe siècle. Il a rédigé sur le sujet un essai, où il entreprend, entre autres, de faire la lumière sur l'utopie pirate connue sous le nom de « Libertalia ». Décryptant les légendes pirates et analysant la documentation disponible, l'auteur explore l'impact qu'eurent les flibustiers et leurs descendants sur l'histoire malgache au siècle des Lumières - mais aussi l'influence qu'eurent les récits de pirates et leurs pratiques proto-démocratiques sur les penseurs de l'époque. Il en résulte un récit passionnant, doublé d'une réflexion lumineuse sur la nature et les origines de l'idéologie marchande.
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    L'anthropologue américain David Graeber, né en 1961, évincé de l'université Yale, figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, est considéré par le New York Times comme "l'un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon".
    Il est l'auteur de Bullshit Jobs (LLL); Dette, 5000 ans d'histoire (LLL), Bureaucratie (LLL), Comme si nous étions déjà libres (Lux).

  • Dans le climat de l'Ère des réformes, l'utopie technologique imaginée par John A. Etzler n'est pas vraiment extravagante : tant d'autres, au milieu du XIXe siècle, ont imaginé des projets saugrenus pour refaire le monde. Fort réticent à l'égard de ces communautés chimériques, Emerson suggère au jeune Thoreau de rédiger une critique de l'ouvrage d'Etzler. Dans la fantaisie irréalisable qu'il commente, Thoreau apprécie la suggestion d'une relation apaisée avec la nature mais n'accepte pas une société idéale dont le but serait le confort matériel et la recherche du plaisir. Surtout, l'utopie d'Etzler manque l'essentiel : elle ne fait pas confiance à l'homme. Or, s'il doit y avoir progrès, il sera individuel.

    Américain dissident, Henry D. Thoreau (1817-1862) est un réfractaire qui se plaît à résister, à suivre son chemin absolu en dépit de tout. Par ses écrits, il met la force tonifiante de sa résistance au service de tous ceux qui veulent garder l'esprit en éveil et maintenir une position critique peut-être plus nécessaire que jamais à notre époque de contrôle soft de l'opinion par les divers moyens d'information ou les « produits culturels ».

  • À la fois autoanalyse et thérapie de groupe, mais loin de toute démonstration académique ou érudite, ce traité se propose, avec humour et autodérision, d'alléger notre tracas, de déposer ce fardeau sur le bord du chemin. Cette douce rébellion est un voyage initiatique au coeur de la pensée zigzagante de l'auteur, en quête de béatitude et d'harmonie.

  • Contre la pestilence ; sommes-nous encore humains ? Nouv.

    Sous nos propres yeux notre société matérialiste, frappée de pestilence, s'est décomposée en quelques semaines. Ce que d'aucuns appellent d'un mot approprié le « darwino-capitalisme », ce pouvoir économique hostile aux faibles et impitoyable aux inutiles, a trouvé plus fort que lui.Cet essai n'est pas un livre de plus sur la pandémie mais sur ce que nous avons consenti à perdre. Et si la nouvelle peste affectait nos sensibilités et nos valeurs humanistes depuis longtemps ? Ce drame attente à notre vérité profonde, à notre dignité, et telle est bien la seule question qui vaille la peine d'être posée : sommes-nous restés humains ? À moins que dans le culte de la performance et son progressisme militant, le fanatisme propre aux utopies, nous ayons progressivement perdu notre humanité.

    Stéphane Toussaint est directeur de recherches au CNRS. Philosophe, spécialiste de la Renaissance italienne et historien de l'humanisme, il est l'auteur de La Liberté d'esprit (Les Belles Lettres, prix Idées Les Influences 2019).

  • Avoir un coin à elle, rien qu'à elle, Ruby en rêvait. Alors, pourquoi ne pas annexer le cagibi, tout près de son lit ? Adossée à la planche à repasser, à l'abri de sa chipie de soeur, elle peut enfin lire, écouter de la musique, chiller... Sauf ce soir ! À peine installée, Ruby a senti une bourrasque et s'est retrouvée assise au bord d'une clairière. Comment ? Mystère. Si c'est un rêve, c'est hyper réaliste. Ça sent bon par ici, un parfum de fleurs invisibles et de feuilles fraîches. Ruby aperçoit même, à côté d'une jolie maison éclairée par la lune, un garçon et une fille qui s'embrassent comme s'ils étaient seuls au monde. D'ailleurs ils le sont puisqu'elle n'appartient pas à leur monde. Car elle va bien finir par se réveiller, non ?

  • Il y avait deux ans que l'Agence régionale de santé cherchait à effacer le canton de Theyllise de la carte des déserts médicaux, jusqu'à l'arrivée de Jeanne Ambarel pour remplacer feu le docteur Malbosc au village de Malabre. Bien décidée à s'intégrer rapidement à la population pour son premier poste, elle découvre petit à petit la communuté qui compose le village, un peu rustre mais bienveillante, avec ses coutumes intriguantes. Abondonnée à son nouveau cabinet, sans une seule visite, elle tente de comprendre le passé médical du secteur et les réticences des habitants à la consulter. Entre processions païennes, éducation et us d'un autre temps, elle comprend rapidement que tout le village partage un secret et qu'il lui faudra fouiller le passé pour le percer et y être peut-être associée.

    Marc Trillard est l'auteur de romans et de récits de voyage. Son travail s'intéresse au déracinement, à l'autre, à l'altérité, ainsi qu'à la pensée magique, la survivance de la superstition dans le monde contemporain. En 1994 il obtient le prix Interallié avec son livre Eldorado 51. Aux éditions Le mot et le reste il a déjà publié Aéroplanes.

  • La TAZ (Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se définit pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l'Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l'espace, le temps ou l'imaginaire, et se dissout dès lors qu'il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d'assaut, et retourne à l'invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l'Histoire, une tactique de la disparition.
    Le terme s'est répandu dans les milieux internationaux de la "cyber-culture", au point de passer dans le langage courant, avec son lot obligé de méprises et de contresens.
    La TAZ ne peut exister qu'en préservant un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles "apparaissent" ici et là, libres de droits, sous forme de livre ou sur le Net, mouvants, contradictoires, mais pointant toujours quelques routes pour les caravanes de la pensée.

  • Dans cet extrait de la fameuse Histoire générale des plus fameux pyrates (Londres, 1724-1728), l'auteur du célébrissime Robinson Crusoé (1719) relate les aventures du capitaine Misson, « l'homme le plus doux dans ses manières qui eût jamais sabordé un navire ou tranché une gorge » et de son complice, l'hérétique Carraccioli, qui las de courir les mers, décident de s'installer à Madagascar pour y fonder une république égalitaire, tout en continuant à piller les navires passant à leur portée. La propriété est abolie, les ressources mises en commun ; les distinctions de classe, de sexe et de race disparaissent. Le rêve sera cependant de courte durée.

    Daniel Defoe (1660-1731) est l'auteur de Robinson Crusoé.

  • Les trois nouvelles qui composent, sous une forme inédite, cet ouvrage - Le Domaine d'Arnheim, Le Cottage Landor et La Philosophie de l'ameublement - présentent une unité d'inspiration qui n'avait pas échappé à Baudelaire puisque, en 1863, celui-ci envisageait de les rassembler sous le titre Habitations imaginaires. Ce livre imaginaire existe enfin. Trois utopies forment ce triptyque. D'un texte à l'autre, le lecteur est introduit dans des domaines cachés, aux jardins luxuriants et ponctués de prouesses architecturales ou bien à l'intérieur d'une chambre anglaise. La Nature semble imparfaite à Poe, il lui manque cette harmonie dans la composition qui fait l'attrait des toiles de Poussin ou de Claude Lorrain. La description minutieuse de la Nature est de type ambulatoire, où la ligne droite est exclue. La lecture devient une promenade, une dérive, la composition du texte se fait musicale. Si la beauté semble ne pouvoir être atteinte que de façon provisoire, des moments de plénitude esthétique existent dans chaque texte. Le lecteur a l'impression de voler des instants de beauté à des mondes merveilleux, féeriques, auxquels il n'a d'ordinaire pas accès. Question centrale : celle de la fabrication du bonheur, indissociable d'une quête de beauté ; ces nouvelles comptent, de ce fait, au nombre des rares textes "apaisés" d'Edgar Poe.

  • Avec L'Angoisse de l'ingénieur, texte à valeur de manifeste, Ernst Bloch démontre le piège que l'homme se tend à lui-même. Sentiment en vérité archaïque, l'angoisse trouve une forme nouvelle dans la quête perpétuelle d'un accès à l'inconnu, dont on ne peut mesurer encore les conséquences. De cette tension naît l'angoisse, autrefois reliée à l'obscure et toute-puissante magie, mais dont les effets de la technique perpétuent le sentiment de terreur. L'antique démonisme n'est jamais loin, lorsque l'ingénieur freine en dernier ressort son avancée. Ernst Bloch part non du point de vue de la technique mais de celui des fantômes et autres démons, ou plutôt de la croyance en leur existence. Monde chassé par les Lumières mais plus encore par la lumière artificielle, dont nulle magie n'émane plus. En bannissant les ombres et la présence de recoins sombres dans les maisonnées, l'ampoule électrique a écarté jusqu'à l'éventualité de la présence des esprits. Mais la technique ne peut rien, pour autant, contre les heures sombres que connaît alors l'Allemagne... Bloch réhabilite ce que la raison, marxiste entre autres, a voulu condamner : l'existence du mythe. Il défend les archétypes tels qu'ils peuvent apparaître dans les contes, où toute hiérarchie sociale se voit bousculée. De ce pas, il met en garde contre la mécanique, qui gomme la lumière du rêve, alors que le moment utopique y reste encore tapi.

  • Une ville qui n'existe pas, mais décrite par le menu, avec une précision (une joie, aussi) de maquettiste : rue par rue, lieu par lieu, avec ses grands passants, ses fantômes, son ton. Ville du bord de l'eau (comme si, entre la Garonne et la Loire, un autre fleuve et un autre estuaire avaient existé), ville où la donne de l'utopie a été plus généreuse qu'ailleurs, ville qui a donc beaucoup rêvé et qui, à son tour, fait rêver. Écrite à partir de son plan dessiné un jour de désoeuvrement, Olonne est devenue une sorte d'absolu de la fiction, une sorte de vertigineux « comme si », qui est aussi comme un roman. Description d'Olonne a obtenu le prix France Culture en 1992.
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  • Michael Jackson

    Pierric Bailly

    Il n'est pas tellement question de Michael Jackson dans ce livre, mais plutôt de l'histoire de Maud et Luc. En fait, il y a même trois Maud, et Luc est amoureux de toutes les trois. D'ailleurs il y a aussi trois Luc. Michael Jackson est un roman d'amour en trois dimensions.

  • San Francisco, 1967. Le Summer of Love bat son plein et des milliers de jeunes arrivent de tous les États-Unis pour atteindre le quartier de Haight-Ashbury, laboratoire de l'utopie libertaire des sixties. Fruit de l'activisme et de l'idéalisme d'une jeunesse révoltée, elle a pris forme en quelques années sous l'action des Beatniks, des Diggers, des Merry Pranksters, des Hippies, des Hell's Angels, des artistes et de toutes les tribus du SF psychédélique. Ce livre revient sur la société alternative qui y a vu le jour, fruit de l'émulsion de toutes ces tribus pourtant si dissemblables. De leurs imaginations est né un monde qui continue de propager aujourd'hui ses initiatives contre le système dominant, proposant d'autres alternatives, notamment l'écologie, face à l'individualisme forcené.

    Steven Jezo-Vannier, né en 1984, est un spécialiste de la contreculture et de l'univers rock. Au Mot et le reste il est l'auteur de onze ouvrages dont Respect, le rock au féminin, Jingle Bells, l'improbable histoire des chansons de Noël, Le Sacre du rock (adapté en documentaire pour Arte ) ou Contre-Culture(s).

  • La philosophie d'Adorno est une critique de la domination politique et idéologique. Elle est aussi une méditation sur les devoirs de la pensée confrontée à la Shoah et aux totalitarismes du XXe siècle. Face à la Catastrophe, elle ne s'abîme pas dans le défaitisme mais tente de retrouver, sous les mythes qui les étouffent, les raisons d'espérer sans lesquelles l'expérience humaine ne serait pas viable. La notion d'utopie, qu'il hérite d'Ernst Bloch et de Walter Benjamin, a d'abord chez Adorno ce sens d'un dégagement de possibles qui, enfouis dans l'Histoire et réprimés par la logique du capitalisme, peuvent cependant être reconnus et libérés. Cela suppose que les singularités - l'individu dans le collectif, le détail dans l'ensemble, l'élément dans la composition - ne soient pas annexées et liquidées, mais au contraire préservées dans leur expression propre. Adorno, avec Benjamin, nomme « constellations » les modes d'articulation qui y parviennent. Pour en dégager les enjeux, il faut entrer dans le mouvement d'une pensée qui déconstruit les concepts d'identité et de totalité mais ne renonce pas à l'espérance. Les conceptions adorniennes de la dialectique et de la négativité sont traversées par cette tension féconde. Cette introduction à l'oeuvre d'Adorno l'interprète comme une réponse à ce que Miguel Abensour appelait la « sommation utopique » : sous l'opacité et la noirceur du monde, l'écriture d'Adorno tente de réveiller un « dire » de vérité, de sauvetage et d'émancipation. Professeur à l'Université de Strasbourg, Daniel Payot se définit volontiers comme un lecteur. La générosité déconstructrice de Jacques Derrida, la lucidité micrologique de Walter Benjamin et de Theodor W. Adorno, la réponse d'Emmanuel Levinas à l'adresse infinie de l'autre et la patience.

  • Durant la guerre, on suit un enfant qui rejoint son grand-père résistant dans la crypte familiale où il se cache, afin d'effectuer avec lui une « reconnaissance ». Au fur et à mesure qu'il rassemble les ossements les plus antiques pour faire de la place aux plus récents, l'aïeul raconte à son petit-fils l'histoire haute en couleur de ses ancêtres. "La Ligue des Dames" est un mélange subtil de badinage, d'humour et de libertinage.

  • L'homme moderne présente un mélange étonnant de volontarisme et de fatalisme : et si les deux tendances n'étaient tout compte fait que les deux aspects d'une même réalité ? Slogan nazi et stalinien dans les années 1930, le triomphe de la volonté, heureusement débarrassé de son hypothèque totalitaire, est devenu le programme implicite d'une époque qui, ne voulant plus rien recevoir des dieux ou de la nature, a relancé discrètement l'utopie de l'homme nouveau, désormais compatible avec le cadre démocratique.
    Comment cette exaltation de la volonté comme puissance individuelle et collective a-t-elle pu s'imposer contre des millénaires de traditions adverses ? Si nous sommes les héritiers d'une histoire, celle-ci peut être datée et elle n'est pas encore très longue.

  • Eutopiques ? Entre l'utopie du sans lieu et l'atopie d'un non-lieu, nous décelons l'eutopie des lieux dits et communs, lieux de fécondation dans lesquels s'éprouvent les sentiments de valoir quelque chose. Chaque homme a connu, de bon ou mauvais gré, une augmentation et s'est élevé, aux travers d'objets, de mots, de pensées, de gestes, de situations, d'êtres qui tous l'ont transformé. L'eutopie confère à l'humanité une existence, l'énergie de créer, le courage de continuer, la vertu d'achever, tout ce qui institue un orgueil d'acteur de sa propre autorité.. Une humanité que nous verrons au cours de notre voyage en Eutopie, chaussée, rasée, joueuse, érectile, maisonnée, secrète, écolière...

  • Des bergers et des bergères, des moutons et des eaux claires, le vent qui frémit dans les arbres : tout cela concerne-t-il encore notre temps ? Si le désir de beauté n'est pas mort, la réponse ne fait pas de doute. D'autant que les personnages de ces romans de la Renaissance sont à l'unisson des lieux où ils vivent. Chez Sannazar, Montemayor et D'Urfé, règnent la politesse et les belles manières. Chez Cervantès lui-même, volontiers ironique, la courtoisie réussit à contenir la violence des passions. Les dieux sont morts, même si certains cultes essaient encore de donner le change. Reste ce beau devoir de l'humanité qui s'appelle la bienveillance. Quand un inconnu se présente, on écoute son histoire et on essuie ses larmes, car il est presque toujours malheureux, même en Arcadie. Mieux : on l'invite à chanter et à jouer de la musique, suprême consolation.
    Les plus belles sociétés utopiques de la Renaissance ne sont pas celles qu'ont inventées Thomas More ou Campanella, singulièrement dépourvues de liberté. Ce sont ces petites réunions de pasteurs, parfaitement improbables, où ne règne aucune autorité. Des duègnes mystérieuses ou des druides vénérables se contentent de réconforter les bergères en pleurs à la recherche d'un amant infidèle. Ils n'imposent aucune loi. Chez d'Urfé, le plus magistral des quatre auteurs ici étudiés, il revient à chacun de trouver sa voie et personne ne peut faire l'économie du temps. Comme, bientôt, chez Corneille et Descartes.
    Daniel Ménager est professeur émérite à l'Université de Paris- Nanterre. Ses principaux travaux portent sur Ronsard, qu'il a édité dans la « Bibliothèque de La Pléiade », avec Jean Céard et Michel Simonin (deux volumes, 1993 et 1994). Il a en outre publié : La Renaissance et le rire (1995), La Renaissance et la nuit (2005), La Renaissance et le détachement (2011), L'Ange et l'ambassadeur (2013), et, aux Belles Lettres, L'Incognito, d'Homère à Cervantès (2009) et Le Roman de la bibliothèque (2014).

  • Ils sont tisserands, chaudronniers, fabricants de chandelles, vanniers, horlogers, machinistes, bûcherons, savonniers... : à partir de 1841 des centaines d'artisans et d'ouvriers s'embarquent pour le Brésil avec femmes et enfants, laissant tout derrière

  • Le collège unique a quarante ans. Il est le symbole d'un espoir, d'une utopie éducative et d'un désastre. Il est tentant de l'abandonner. Ce serait inacceptable - comme renoncer à une promesse démocratique : propose-t-on de rétablir le suffrage censitaire quand les résultats des élections déplaisent ?
    Avec les années, on a accumulé des protocoles, des gadgets et des slogans, sans tenter d'imaginer une transmission exigeante, élégante et opiniâtre de la culture qui se soucie des élèves tels qu'ils sont. Or faire un cours sur Charlemagne en 2014 ne ressemble en rien à un cours de 1918 ou de 1975. Au Charlemagne scolaire s'oppose aujourd'hui les Charlemagne parodique, kitsch, youtubaire, qui peuplent l'esprit de nos classes.
    Ce livre fait un pari : proposer un nouvel âge de l'enseignement. Toute l'École est concernée, pas seulement le collège. Ce serait un art du mélange et de la juste distance. À mi-chemin entre Roland Barthes et Lara Croft, le professeur doit être érudit et bricoleur : pour perpétuer la transmission de la culture et du savoir, il doit descendre de l'estrade, ruser, tout explorer. C'est le grand enjeu de l'éducation actuelle : il s'agit de trouver les moyens, dans une époque complexe, d'être juste, ambitieux et efficace.
    © Flammarion, 2014.
    Couverture : Portrait de Jules Ferry © BnF

  • Au 22ème siècle, six utopistes de la Fédération Africaine mettent au point un programme capable de simuler, par réalité virtuelle, des utopies politiques. Le but étant de redonner un sens aux idées politiques et donc des perspectives de changement de société. Les utopistes conçoivent ainsi une cité idéale, Mathemba, "République culturelle" orientée vers la création au sens large (artistique, intellectuelle, scientifique...).

    Koré Pokou, un jeune banquier pas particulièrement féru de politique, est désigné pour tester la fiabilité du programme. D'abord sceptique, il va progressivement s'attacher à cette République culturelle, au point d'être quelque peu troublé par l'expérience...

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