• Longtemps, au mot de "communarde" on a préféré celui de "pétroleuse", qui pourtant est une fiction. Une flétrissure misogyne qui raconte d'abord la façon dont on a dévalué, disqualifié et réprimé les femmes engagées dans la Commune de Paris au printemps 1871. En pionnière, Édith Thomas s'est attachée en 1963 à faire sortir de l'ombre ces femmes mobilisées pour la révolution sociale. Chartiste, elle a fouillé des archives fragiles et lacunaires, et excavé des traces qui n'avaient jamais été regardées comme des objets légitimes. En débusquant ce stigmate qui charrie une foule de représentations sur la violence féminine, et euphémise l'épaisseur politique de leur lutte pour déplacer les frontières de l'émancipation, l'autrice n'a pas seulement élargi l'histoire de la Commune de Paris. Elle a aussi enrichi l'histoire des féminismes.
    Figure centrale de la Résistance intellectuelle sous Vichy, qui fit elle-même les frais d'une puissante invisibilisation, Édith Thomas restaure les femmes de 1871 dans une souveraineté proprement politique, aux antipodes de cette image d'hystériques du baril à quoi les ont longtemps reléguées les récits habituels ou virilistes de la Commune de Paris.

  • " Le portrait d'une femme admirable. " Mona Ozouf, Le Nouvel Observateur

    Édith Thomas, chartiste, historienne et romancière, fut un être entier, épris de vérité et d'une liberté abrupte et revendiquée. Est-ce pour cela que l'Histoire ne lui a pas rendu justice ?

    Résistante de la première heure, elle rejoint la rédaction des
    Lettres françaises et le CNE après la mort de Jacques Decour. Elle en est "
    la cheville ouvrière, celle qui assurait toutes les liaisons indispensables ", écrit Claude Morgan. Dans le même temps, elle s'inscrit au PCF clandestin. Six ans plus tard, en pleine affaire Tito, elle est l'une des premières à en claquer la porte.

    1952 : Paulhan publie sa
    /> Lettre aux directeurs de la Résistance. Édith Thomas, elle, rédige
    Le Témoin compromis. Elle y analyse au plus près son cheminement politique et existentiel au cours de la décennie écoulée. Qu'en était-il de la Résistance ? Qu'en est-il du communisme ? Qu'est-ce qui l'a menée à cette partition brutale avec ses " camarades ", alors que son adhésion au Parti avait tant signifié pour elle ?

    Les Éditions Viviane Hamy font reparaître son
    Jeu d'échecs, publié en 1970, quelques mois avant sa mort. La critique pointe alors la lucidité extrême de ce roman autobiographique qui "
    propose [...]
    des éléments nouveaux à l'examen du paradoxe de la femme d'aujourd'hui. Il faudra s'y référer à l'avenir ".

    Il était donc essentiel de rééditer ces Mémoires afin de mieux appréhender, soixante-dix ans après les faits, le rôle majeur que cette femme hors normes joua dans la Résistance intellectuelle et les années de l'immédiat après-guerre.

  • " Lorsque tu m'as demandé, Stevan, si je t'écrirais, je t'ai dit que je répondrais à tes lettres, mais que je ne t'écrirais plus la première. "
    Un soir que nous étions devant le feu, Claude me dit : " Si j'étais un homme, je t'épouserais. "
    Je m'entendis lui répondre : " Si j'étais un homme, je t'épouserais, mais pas si j'étais une femme. " Pourquoi ? " Parce que nous sommes dans le temps. Parce que nous ne pouvons pas nous défaire du temps et que nous ne pourrions rien construire ensemble de durable. Si tu étais un homme et que je fusse une femme, je ne pourrais pas accepter d'être définie par toi. "
    Il m'était douloureux de prononcer ces mots qui rompaient l'enchantement. Mais ce qui faisait le prix de notre rencontre, c'est qu'aucun mensonge ne pouvait se glisser entre nous, fût-ce au prix de notre déchirement.

    Dans ce
    Jeu d'échecs, publié pour la première fois en 1970, l'écrivain pratique une archéologie multiple, d'elle-même, de son époque et de sa psyché. L'alchimie entre sensibilité et intelligence à fleur de mots suscite le choc et le vertige.

    En lice pour le prix Mémorable 2018

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